L’Union Européenne et la longévité | La mort de la mort

Didier Coeurnelle Commentaires fermés sur L’Union Européenne et la longévité | La mort de la mort
L’Union Européenne et la longévité | La mort de la mort

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Le monde va changer. Le potentiel de la durée de vie d’une personne en général est important. Selon les estimations les plus conservatrices, une personne peut vivre au moins 120 ans si elle ne raccourcit pas sa propre vie et si les circonstances ne raccourcissent pas sa vie. Déclaration de la ministre de la santé Veronika Skvortsova à la suite de la réunion du Présidium du Conseil présidentiel pour le développement stratégique et les projets prioritaires. (Traduction, source agence TASS, 10 juillet 2018).


Dans aucun ensemble démographique de taille similaire, les citoyens ne vivent aussi longtemps que dans l’Union européenne. La couverture médicale et de sécurité sociale y assure une vie de plus en plus longue.

Alors que les recherches les plus affirmées dans le champ de la longévité et les scientifiques les plus renommés se trouvent souvent aux Etats-Unis et que la part du PIB consacrée à la santé y est bien plus élevée, l’Europe est plus avancée pour la longévité.

En Asie du Sud-est, la croissance de l’espérance de vie est plus rapide qu’en Europe, mais seuls un petit nombre de pays (le Japon, la Corée du Sud et Singapour) dépassent actuellement les pays européens.

La recherche scientifique européenne pourrait permettre des progrès considérables dans un avenir guère éloigné. Voici quelques raisons de l’envisager.

Une législation lourde, mais qui permet des recherches scientifiques

Nous vivons dans un monde d’une extraordinaire complexité juridique. C’est particulièrement le cas en Europe. Cette complexité est notamment motivée par un équilibre instable entre le souci de la protection des citoyens et la défense des intérêts économiques et sociaux de groupes. Un des aboutissements, probablement temporaire, de cette complexité est le célèbre RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) entré en vigueur en mai 2018. En résumant à l’extrême, il peut être dit que le but de la législation est d’empêcher les usages illégitimes et non souhaités des données générées par les citoyens.

Ce texte complexe -et dont les modalités d’application varient selon les Etats- ne vise donc pas à interdire l’échange et l’utilisation des données pour des buts légitimes et particulièrement pour la recherche scientifique. En principe, c’est même le contraire, le RGPD vise à créer un cadre favorisant les échanges légitimes. Par exemple, pour la recherche, le règlement européen (dans un « considérant ») mentionne explicitement Souvent, il n’est pas possible de cerner entièrement la finalité du traitement des données à caractère personnel à des fins de recherche scientifique au moment de la collecte des données. Par conséquent, les personnes concernées devraient pouvoir donner leur consentement en ce qui concerne certains domaines de la recherche scientifique, dans le respect des normes éthiques reconnues en matière de recherche scientifique.

Vu la lourdeur et la longueur du règlement lui-même et surtout des millions de pages de textes d’applications, commentaires de doctrine, décisions judiciaires,… qui en découleront, il n’est pas du tout certain que les échanges seront facilités (voir par exemple la situation en Belgique). Par contre, le principe clair de la protection des données par rapport à des usages illégitimes peut mener à un accord plus large des citoyens pour mettre à disposition les données de santé dans des buts de recherche. C’est important que les citoyens soient informés de l’usage à utilité collective car ils fourniront alors des données plus sincères. De plus, un soutien collectif est important, particulièrement dans un environnement démocratique.

A propos du soutien de la population, un sondage rendu public au cours de ce mois de mars 2019 en Belgique a donné un résultat impressionnant : 94 % des citoyens belges sont en faveur de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine de la science et de la santé et 56 % sont disposés à mesurer et partager les données médicales via l’I.A.

La mise en commun de données génétiques

Des dizaines de millions de personnes dans le monde ont déjà été séquencées. La plus grande partie de ces séquençages (normalement interdit sauf raison médicale pour les personnes résidant en France) est malheureusement très partielle et effectué par des sociétés privées, la plus connue étant 23 and Me.

Mais il y a aussi des séquençages dans des buts de recherche médicale et scientifique effectués avec financement et organisation publics. C’est en Europe que cela se fait le plus. Des projets de grande ampleur ont été réalisés ou sont en cours de réalisation notamment en Estonie, en Islande, au Royaume-Uni et en France (Plan génomique 2025). Un élément clef que pourrait permettre l’Union européenne est l’interconnexion entre ces données. En avril 2018, la Commission européenne a annoncé que 13 pays européens avaient signé une déclaration pour permettre l’accès transfrontalierà leurs informations génomiques pour avoir au moins un million de génomes séquencés en 2022. En moins d’un an, 7 pays européens se sont déjà joints à l’initiative.

La facilitation de la recherche par la couverture médicale et de santé

Les Etats de l’Union européenne ont chacun un système de santé assez performant, une couverture médicale dense à très dense, des systèmes de mise en commun des données statistiques différents mais efficaces. La diversité des populations, des habitudes alimentaires, sociales, culturelles, les déplacements de population, la multiplicité des systèmes de rapportage des informations médicales et sociales sont autant d’aspects qui peuvent se révéler utiles pour découvrir des pistes dans le domaine de la longévité, grâce à l’analyse des données

Les chercheurs européens et leur utilisation de l’intelligence artificielle

L’Union européenne est la région du monde avec le plus de scientifiques, particulièrement dans le domaine médical et le tissu le plus dense d’institutions et d’entreprises dans les domaines de la santé. Pour les recherches scientifiques, la Suisse est un des Etats étroitement associés, par exemple via le CERN. Une association similaire devrait être possible pour le Royaume-Uni si sa sortie de l’Union européenne est confirmée.

Pour ce qui concerne l’intelligence artificielle, l’Union européenne n’est pas en avance dans ce domaine, mais pas particulièrement en retard non plus, quoi qu’en disent certains pessimistes. De plus, l’Europe est en pointe dans la réflexion éthique mais aussi pratique notamment à travers l’European AI Alliance, un forum engagé dans une discussion large sur tous les aspects du développement de l’intelligence artificielle et de ses impacts.

La recherche de longévité

Les recherches européennes et des Etats-membres dans le domaines du cancer et des maladies neurodégénératives sont nombreuses, performantes et souvent financées publiquement. Le seul aspect qui manque encore dans les institutions publiques, c’est la prise de conscience de l’universalité du mécanisme de vieillissement et de la nécessité de le combattre. Cette prise de conscience est encore limitée à certaines organisations privées principalement aux Etats-Unis.

Un des avantages d’une prise de conscience rapide serait que les connaissances acquises pour une vie beaucoup plus longue en bonne santé seraient plus collectives, plus accessibles à tous plus rapidement, européens ou non-européens. La situation actuelle en Europe n’a probablement jamais été aussi propice pour cela qu’aujourd’hui.

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