Seuil du futur #06 | Aventure | Luc Dellisse

Olivier Parent Commentaires fermés sur Seuil du futur #06 | Aventure | Luc Dellisse
Seuil du futur #06 | Aventure | Luc Dellisse

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L’histoire est barbare par essence. Nous avons pu l’oublier, dans nos pays d’Occident, mais il suffisait de regarder les écrans dont on nous entoure, comme d’un capitonnage d’informations rituelles, pour être éclairés. Il suffisait même de prendre le métro : la brutalité, la pauvreté, l’incompréhension, circulent en flux tendu, presque sans répit. Impossible, les yeux ouverts, de croire que le monde, procédant par essais et par erreurs, va de mieux en mieux.

Nous avons vécu dans une réserve d’espèces protégées, et ses hautes barrières ne servaient pas à nous préserver de l’extérieur, mais à nous empêcher de le voir. Elles sont tombées, et nous voyons que la guerre règne, et qu’elle n’est pas un moment du désordre du monde, mais son cours ordinaire, son seul équilibre. La violence des rapports humains peut être considérée comme la vérité des rapports humains. Ainsi, les avatars du terrorisme, son imminence quotidienne et ses surgissements aléatoires forment la signature parfaitement lisible d’un pacte avec la mort.

  1. Il faut à nouveau envisager comme possible d’être tué, avec les siens, avec ses proches, par des adorateurs de Baal-Moloch. Il faut se poser du même coup, en contre-point, la question de tuer et de savoir comment tuer, chose qui semblait réservée aux périodes sombres et aux mœurs sauvages de nos ancêtres. La sérénité, quand on a le poids d’une arme absente dans sa poche, prend soudain une couleur spéciale.
  2. Une aventure commence, celle du désir de création dans un univers de destruction. C’est précisément ce déséquilibre qui rend à la fois possible, fragile et désirable la civilisation au XXIe siècle.

La civilisation, ce n’est pas l’activité des hommes, encore moins leur progrès. C’est l’effort intermittent et souvent contradictoire pour dépasser la répétition. On en trouve un peu partout les traces et les promesses. On n’a pas de preuves qu’elle a jamais été un état de fait, ni même un idéal. La civilisation n’est pas un fait, mais une éthique : c’est-à-dire une utopie. Je veux l’explorer jusqu’au bout.

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