Une brève histoire d’amour #01 | François Laurent | Les Mardis du Luxembourg #02

François Laurent 1
Une brève histoire d’amour #01 | François Laurent | Les Mardis du Luxembourg #02

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Initié par François Laurent, co-président de l’ADETEM, le think tank Les Mardis du Luxembourg regroupe des professionnels de plusieurs secteurs, passionnés par leurs domaines respectifs : avocats, philosophes, prospectivistes, mythanalystes, experts du marketing et de la communication, artistes…
Dans la plus grande liberté de débat et de désaccord, ils se sont donnés pour tâche l’analyse de la société sous toutes ses formes en croisant les angles de lecture.
Après la notion de disruption (Rupture, vous avez disrupture ? Éditions Kawa, 2015) et la vie privée à l’heure de l’hyper connexion (Chroniques de l’intimité connectée, Editions Kawa, 2016), l’autorité est l’objet des récentes réflexions des Mardis du Luxembourg…

 


 

Prologue

Aussi loin que je me souvienne, la vie n’était que mensonges.

Premier mensonge : « Si tu n’es pas sage, le Père Noël ne passera pas ».

Le Père Noël ! Vaste escroquerie qui a conduit des hordes d’enfants à tenter de ne pas s’endormir pour voir passer le Père Noël – et par où, dans ces appartements modernes sans cheminée ?

Duperie bien innocente et festive … mais duperie quand même : pourquoi ce besoin de falsifier la réalité pour se donner le droit de faire plaisir ? Pourquoi devoir justifier d’offrir des cadeaux à ses enfants ?

A qui profite le … crime ?

Aux parents, qui négocient leur générosité : si tu n’es pas sage, tu n’auras rien ! Qui achètent la paix familiale, donc.

Aux marchands, qui adorent les fêtes, bien évidemment.

Aux autorités de tous poils enfin – en plus de l’autorité parentale précédemment évoquée.

Autorités religieuses, bien sûr, qui récupèrent des traditions païennes et les inscrivent dans un vaste programme de célébration de la naissance du Christ.

Autorités civiles, qui y gagnent de la paix et de la cohésion sociale – la trêve des confiseurs.

Tous gagnants, semble-t-il : les enfants couverts de cadeaux, les parents, les prêtres, les politiques …

Et l’on oublie les perdants : les enfants – à qui l’on brouille déjà la frontière entre le bien et le mal ; les parents – qui sont aussi des citoyens, et perdent soudain leur sens critique face aux autorités …

Surtout le Père Noël institue l’idée que l’on peut mentir en toute innocence : le pire mensonge qui soit ! 

Second mensonge : « Tu iras au Paradis … ou en Enfers », c’est selon !

Entre 4 et 7 ans, les enfants découvrent qu’ils mourront un jour : « Je ne veux pas mourir moi » … et il est si facile de leur mentir : « Mais non, il y a une vie après mort ».

Et voilà le petit rassuré et le problème repoussé à plus tard : un mensonge pour la bonne cause, donc.

Un mensonge qui profite avant tout aux parents, semble-t-il … mais pas seulement : il fait le bonheur des églises, qui assoient dessus leur autorité – en fait les parents participent à faire perdurer leur propre asservissement.

Un mensonge également utile aux autorités civiles, comme le faisait si justement remarquer ce bon vieux Karl : si la vraie vie se situe dans un au-delà, inutile de se battre pour réaliser son bonheur en ce bas monde.

Propos de mécréants, athées, impies, sceptiques … peu importe : de multiples autorités se fondent sur cette affirmation non fondée d’une vie après la mort, et qui plus est, éternelle !

Cela convient si bien aux autorités politiques que dans certains états américains, on enseigne le créationnisme dans les écoles, plutôt que le darwinisme.

Dès notre plus jeune âge, on nous enseigne par l’expérience qu’il est d’innocents mensonges – pour ne pas dire de « bons mensonges » ? – et que l’on a le droit de mentir « pour la bonne cause » : une fois la désinformation instaurée, la suite apparaît logique, naturelle.

La suite ? Les guerres, la xénophobie, l’oppression …

Il n’y a que le 1er pas qui coûte !


 

Episode 1

Ça fait très « Stars War », mais ça se situe dans une infime galaxie répondant au doux nom de Luxeuil – un endroit encore plus paumé que « Tataoine », c’est pas peu dire !

C’est là qu’à presque 14 ans, j’ai passé le mois de Mai 68 : non que mes parents aient souhaité me préserver de l’agitation des grandes villes … simplement, c’est là qu’ils habitaient – pas très fun, faut reconnaître.

De 68, je n’ai réellement aperçu qu’une affiche placardée sur une petite société de mécanique, avec une silhouette très reconnaissable du Général De Gaulle, les bras levés, et cette mention : « La chienlit, c’est lui » – en référence à son : « La réforme oui, la chienlit non ! ».

Pour dire que l’on était vraiment loin de tout : les informations nous arrivaient paisiblement via la radio – Europe 1 dont mes parents écoutaient le journal de la mi-journée – ou pire : l’Aurore et l’Est Républicain auxquels ils étaient abonnés – plus lénifiant, tu meurs ! On savait qu’il se passait « des choses » mais … loin. Pas vraiment de queues non plus devant les stations services et comme on n’avait pas la télévision …

Pour dire également que pour moi, Mai 68 représente plutôt une reconstruction a postériori qu’un vécu … même si la dite reconstruction n’a pas vraiment tardé : un an plus tard, je collais des affiches du CAL – Comité d’Action Lycéen – sur le mur de mon établissement, et achetait la Cause du Peuple.

Mai 68, ce fut l’affrontement de deux autorités …

D’un côté, celle sortie des urnes … ou plutôt celles sorties des urnes : le Général de Gaulle, élu au suffrage universel, bien sûr ; mais aussi le 1er Ministre Georges Pompidou, qui se sentait pousser des ailes, et s’estimait plus légitime qu’un militaire vieillissant à diriger le pays.

De l’autre côte, l’autorité que l’on dirait « naturelle » d’un Daniel Cohn-Bendit rejetant ladite légitimité d’un « Elections, piège à cons » – parole qu’il reniera en 2017 en appelant à voter Macron, mais conformisme et conservatisme constituent souvent l’apanage des contestataires qui vieillissent mal.

Le contestataire qui semblait mieux vieillir – du moins, restait fidèle à ses idées – et pesait dans le débat de toute son autorité, c’était un Jean-Paul Sartre, haranguant les ouvriers de Renault juché sur un tonneau – si, il y avait des usines et des ouvriers là où s’est construite la Seine Musicale.

Mai 68 apporta également son flux incessant de rumeurs …

Rumeur d’un risque de provocation du groupe nazillon Occident, qui incita le recteur de l’Université à demander à la police l’évacuation de la Sorbonne.

Rumeur selon laquelle certains activistes préparaient l’enlèvement du Préfet de Police ; de l’assassinat de Cohn-Bendit ; de mouvements de troupe autour de la capitale, notamment du côté de Satory où circulaient des chars d’assaut – car n’oublions pas que de Gaulle a très tôt été un adepte des blindés.

Rumeur du même Gaulle fuyant à Baden-Baden pour y rencontrer un autre général : Massu.

Question : à qui profitèrent toutes ces rumeurs … et qui les a initiés ?

Les Fake News – que l’on n’appelaient bien évidemment pas ainsi alors – visaient-elles à détruire ou à conforter une ou des autorités ? Et Lesquelles ?

 

À suivre…

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