28/03/2064 : Il avait reprogrammé le cerveau de sa patiente

Denis Ettighoffer Commentaires fermés sur 28/03/2064 : Il avait reprogrammé le cerveau de sa patiente

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49058018  Johan Sagan va devenir célèbre. Une célébrité dont il se serait bien passé. Ce professeur et chercheur respecté, spécialiste en neurobiologie, a été arrêté ce matin à l’aube. Il est soupçonné d’avoir délibérément manipulé le cerveau et le comportement d’une de ses patientes dont il était amoureux. C’est le mari de celle-ci (dont nous respecterons l’anonymat) qui, enseignant chercheur lui-même, a décelé des anomalies comportementales chez son épouse. Anomalies, avons-nous appris, identifiées à l’occasion de chaque changement de luminosité. Associés à des drogues, ce procédé est généralement utilisé pour modifier les comportements addictifs et effacer le souvenir de traumatismes sévères par des modifications chimiques dans les échanges entre neurones. Le chercheur en cause à littéralement manipulé sa patiente afin de lui imposer un comportement amoureux à son endroit. En d’autres termes, cet apprenti sorcier a remplacé l’élixir d’amour par des manipulations psycho-chimiques affectant le discernement de sa patiente. Les travaux sur la manipulation des comportements ne datent pas de hier. Ce sujet hautement sensible est au cœur de recherches occultes lancées depuis de nombreuses années par certains gouvernements et vient de passer sur le devant d’une actualité dérangeante.

Fantasmes des services secrets, craints par les auteurs de SF et le grand public en général, les récents développements de la neurobiologie depuis le début du siècle ont permis de mieux en cerner les avantages et les risques potentiels. Il est bien difficile d’admettre que nous pouvons être transformés en rats de laboratoire. Pourtant, en 2013, des chercheurs sibériens ont prouvé que certains traits de caractère étaient héréditaires et, qu’en agissant sur les gènes, il était possible de réduire ou d’augmenter l’agressivité de l’individu. SrpToFPt-cyborgnano-s-A titre expérimental, les chercheurs russes ont mis au point un traitement qui permet d’influencer les gènes des rongeurs. « Les chercheurs de notre laboratoire ont étudié le génome des animaux des deux catégories en collaboration avec nos confrères allemands », précise Maria Konochenko, chercheuse à l’institut de Cytologie et de Génétique de l’Académie russe des Sciences. «Nous avons découvert des zones dans leurs chromosomes qui sont différentes. Ces zones selon nous seraient responsables de l’agressivité.» Il s’est avéré que ce sont ces zones qui sont responsables du travail des récepteurs du système de la sérotonine. La sérotonine est une hormone du plaisir. Les animaux qui n’en possèdent pas beaucoup dans l’organisme, sont constamment insatisfaits et se mettent facilement en colère. On peut observer ce phénomène sur le comportement des petits rats qui jouent. Les rats nés du groupe « des calmes » s’amusent plus longtemps que leurs camarades « agressifs». Cette même méthode pouvait être utilisée pour réduire ou augmenter l’agressivité chez les hommes. Avec cette découverte ils ont également ouvert la voie à la création de super-soldats, qui ne craignent pas l’ennemi sur le champ de bataille et de personnes agressives en tout genre. En vue d’un tel scénario la recherche soviétique aurait étudié l’usage d’armes électromagnétiques (parfois décrites comme psychotroniques) afin de « supprimer l’activité mentale » de grands groupes de personnes.

Au début des années 2000, les films du célèbre Jason Bourne racontent les difficultés d’un individu à retrouver sa personnalité profonde altérée par des conditionnements nouveaux. Depuis, on ne peut pas dire que la presse se soit beaucoup intéressée aux recherches relatives aux modifications fondamentales du comportement. Pourtant l’histoire de Bourne, l’agent qui veut retrouver sa mémoire, n’avait rien de bien nouveau. folie_desQuelques années plus tôt, un rapport publié dans Defense Electronics indiquait qu’une firme de Richmond, en Virginie,  Psychotechnologies (censée être étroitement attachée à la CIA et au FBI), aurait acheté, dans les années 50, des dispositifs soviétiques de contrôle de l’esprit[1]. A l’époque nous étions en pleine guerre froide. La guerre de Corée mobilisait l’Amérique et il s’agissait de parfaire des techniques d’interrogatoires des suspects et de découvrir un sérum de vérité. C’est comme cela que la CIA acceptera de faire bien pire que la chasse aux communistes avec l’effroyable époque du Maccartisme en laissant carte blanche à un docteur Ewen Cameron[2] qui se livrera à des expériences cruelles sur ses patients au prétexte de recherches sur la schizophrénie. Il aurait très certainement pu être le médecin du projet de la CIA : Treadstone 71 qui affectera profondément la personnalité du héros. Fallait-il y croire ?

En 1996, le comité consultatif scientifique de l’Armée de l’Air des USA a publié une étude « New World Vistas » (« Nouvelles perspectives mondiales »). On y trouve quelques aperçus horrifiants du futur traitant du « processus de contrôle biologique » des individus.  Ce scénario futuriste de la manipulation de l’esprit, déjà décrit en 1994 dans « The Revolution in Military Affairs and Conflict Short of War », montrait les caractéristiques d’un « remodelage des perceptions et de comportements. « On peut envisager d’empêcher les mouvements musculaires volontaires, de contrôler les émotions (et donc, les actions), de produire le sommeil, de transmettre des suggestions, d’interférer à la fois avec la mémoire à court terme et la mémoire à long terme, de produire un ensemble d’expériences, et de supprimer un ensemble d’expériences.» 5-frankenstein-s-armyEn d’autres termes, ceci signifie, simplement, qu’on envisage la possibilité d’effacer vos mémoires de vie et de les substituer par un nouvel ensemble factice. Dans un jargon que n’aurait pas désavoué l’écrivain George Orwell auteur de 1984, les auteurs du rapport envisagent une époque où les individus peu disposés à suivre les comportements « normaux » ; « seront identifiés en utilisant des bases de données exhaustives et classés par catégorie ». Des « simulations sophistiquées de personnalité par ordinateur » seront utilisées « afin de développer, travailler et focaliser des campagnes psychologiques pour corriger les déviances constatées. »

La création de chimères psychiques ou le re-engineering du cerveau. Dans l’affaire de Johan Sagan, Me X, devenue cobaye involontaire du professeur Johan Sagan, a été soumise à des drogues susceptibles d’aider à la création de souvenirs artificiels selon un processus d’apprentissage progressif. Pendant les périodes où elle était soumise à son conditionnement, les échanges neurochimiques de son cerveau étaient modifiés en vue d’obtenir une réponse comportementale favorable aux visées du chercheur. Ici, ce n’était plus un chirurgien fou qui inventait une nouvelle créature qui prendra le nom de « Frankenstein » mais d’une chimère mentale incarnée artificiellement dans le cerveau de sa patiente. photo-10En utilisant les dernières recherches psycho-chimiques sur le traitement des traumatismes profonds, il en a fait l’instrument de son délire amoureux. Une addiction qu’il comptait bien imposer à Me X. Curieusement, celle-ci doit d’être sauvée de son asservissement à une caractéristique du traitement des addictions : celles-ci procurent un sentiment de récompense aux sujets sous dépendance en modifiant explicitement leur comportement. Les personnes souffrant d’une addiction quelconque (physique ou mentale) montrent une forte imprégnation de leur système neurobiologique à la dopaminergique. Comme nous l’évoquions plus avant, Il est maintenant prouvé que les neurones de ces sujets dépendants sont très sensibles à la lumière. Ainsi, il est devenu possible de diagnostiquer l’existence de manipulations ou de modifications comportementales qui offrent au  système cérébral le sentiment artificiel de récompense ou de plaisir.

Très encadrées, les applications de la lumière aux modifications comportementales sont issues des travaux du chercheur autrichien Miesenbôck : (Re-engineering the brain). Lui et quelques confrères ont réussi des expériences étonnantes sur des mouches drosophiles en modifiant les gènes de leurs cerveaux puis en les faisant réagir différemment selon l’illumination imposée aux insectes. Depuis, des travaux sur des phénomènes électro-acoustiques qui modifiaient les perceptions des patients soumis à certains rayonnements ont permis de trouver des remèdes aux insomnies et aux névroses obsessionnelles.  C’est pour cela que la patiente du docteur Sagan était venue consulter. Ce dernier, sans doute perturbé lui-même, a utilisé son laboratoire et ses connaissances pour modifier progressivement le comportement de sa patiente, en associant semble t-il une drogue qui l’hypnotisait lors de séances de soi disant thérapies neuronales. Pour l’immédiat de forts soupçons d’abus sexuel pèsent sur le chercheur. On ne peut s’empêcher de frissonner de crainte face aux dérives possibles des outils du conditionnement ou du « re-engineering humain » tel que l’envisage certains. En de mauvaises mains les avancées des mécanismes de la manipulation mentale des sociétés pourraient devenir la cause de notre perte du monde réel et sans doute du monde tout court.

Cambridge 28 mars 2064

Pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Plasticit%C3%A9_neuronale
http://sites.univprovence.fr/cies/memoire/IX_BasesNeuronalesMemoire.pdf
http://exploratioexplorator.wordpress.com/production-deviance-exclusion/la-persuasion-coercitive/
http://www.wikistrike.com/article-manipulation-genetique-vers-un-controle-du-comportement-humain-116385526.html

[1] Defense Electronics a décrit une réunion au printemps 1993 entre les fonctionnaires de l’administration Clinton et des experts soviétiques en psychotronique, y compris le Dr. Igor Smirnov. Parmi les agences des USA représentées lors des réunions avec Smirnov, on trouvait le FBI, la CIA, la Defense Intelligence Agency (agence d’intelligence de la défense), et l’Advance Research Projects Agency (agence de projets de recherche avancés).

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