20/04/2065 : Mieux que l’original ?

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20/04/2065 : Mieux que l’original ?

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Face à la généralisation de la culture nanotech, les experts de l’estimation et de la vente des œuvres d’art se rassemblent en congrès mondiale, au Cap en Afrique du Sud : « Protéger le patrimoine artistique mondial de la réplication nanotech, Science Fiction ou réalité de demain ? »

L’enjeu de cet événement qui rassemble des professionnels inquiets est de trouver une parade à la profusion de copies d’œuvres qui, dans leurs qualités extérieures, tendent vers une certaine perfection. Elles envahissent et, à terme, pourraient bien déstabiliser les salles des ventes de la planète, malgré la vigilance de tout un secteur professionnel.

Le fléau, anecdotique jusqu’à il y a peu, a pris une ampleur démesurée avec l’arrivée sur le marché des imprimantes 3D de toute dernière génération. Ces dispositifs de duplication en volume d’un objet travaillent désormais à l’échelle nanométrique. Les plus avancées savent gérer un nombre toujours plus grand de « matériaux-encres ». A partir d’une matrice en relief d’un objet, la réplique, si on n’y prête pas garde, si on n’est pas averti, devient presque indiscernable de l’original.

Dans les années 20, les banques de bases de données d’objets, en libre accès et diffusion – que l’on parle de licences libres ou de modèles déposés et diffusés, souvent contre l’avis des ayant droits, ont révolutionné les règles de la consommation. Elles ont permis aux clients des industriels de réparer leurs objets technologiques, libérés des SAV et de la plupart des obsolescences programmées – volontairement ou non. On peut également noter le rôle que le robot domestique a tenu dans ce réorganisation des rapports entre clients et commerçants : il aura été l’opérateur idéal de ces appareillages de précision.

Aujourd’hui, les sites Internet qui, dans les milieux des arts et de la contrefaçon, font fureur et mettent à disposition de tous des modélisations d’objets d’art de qualité en amélioration constante ne cessent de croître en nombre. A l’origine, ces sites n’étaient motivés que par la philanthropie : permettre à chacun de disposer de copies de qualité des plus beaux objets de l’histoire de l’art de l’humanité. Or, si les musées gardent jalousement les données volumiques de leurs fonds muséographie use, étonnamment, ces modèles ont été constitué à partir des photos que tous les visiteurs des musées de la planète – peu importe leur taille – partagent sur les réseaux.

On l’oublie, mais, ces photos que l’on modifie a posteriori, selon son plaisir, en jouant sur la lumière et la couleur, le cadrage, le point de netteté et la profondeur de champ… contiennent, pour chaque pixel qui les composent, des informations essentielles. Les spécialistes les appellent le « Z », c’est à dire la distance du plan focal de l’appareil photo à chaque élément de la scène photographiée. On y prête plus garde, mais ces appareils contemporains portent un nom barbare: on les appelle « plénotiques ». Toutes ces photos, dont les résolutions ne cessent de croître, une fois « compilées », permettent de créer des base de données 3D des œuvres d’art, peu importe leur notoriété mais en y intégrant tous les détails dus au temps : craquelures, chocs, patine… Les statues ainsi que tous les objets de faïence ou de métal, de toutes époques confondues, furent les premières concernées par ce phénomène. Aujourd’hui, ce sont les modélisations de peintures célèbres qui font leur apparition dans les sites de base de données. Ce sont des Van Gogh, Picasso, Renoir, Manet, Monet et temps d’autres que l’on peut imprimer chez soi… que des fraudeurs n’hésitent pas à vendre à des clients naïfs, bernés par un beau cadre et un peu de parfum de poussière et de térébenthine. Le phénomène concerne principalement des toiles de petite taille. Comme toute technologie, la « 3D print » n’a pas prévu d’arrêter de s’améliorer et donc les copies fabriquées par ce procédé seront immanquablement de plus en plus difficile à identifier par les experts de moindre expérience. Au Cap, pendant une semaine, la profession tentera d’imaginer les procédés et autres dispositifs qui garantiront la qualité de leurs expertises. « Sans un climat de confiance, c’est l’ensemble du marché de l’art qui s’effondrera » averti le porte-parole de l’Union Mondiale des Commissaires-priseurs et des Experts d’art.

© Olivier Parent

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