Source : chronique du Comptoir Prospectiviste inspirée d’un article du site Futurism, « Flock Surveillance Cameras Are Actually Horrible for Fighting Crime, FBI Data Shows » — https://futurism.com/future-society/flock-surveillance-atlanta-fbi-data-crime-case-solve
Depuis 2017, l’entreprise Flock Safety a déployé environ cent mille lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation à travers les États-Unis, selon les estimations de l’American Civil Liberties Union. Aucune municipalité n’a poussé ce pari sécuritaire aussi loin qu’Atlanta, en Géorgie, où plus de cinq mille caméras Flock couvrent aujourd’hui l’espace urbain — le plus vaste déploiement de systèmes de lecture automatisée de plaques (ALPR) recensé dans le pays. La promesse qui a justifié cet investissement tenait en une équation simple, martelée par les responsables policiers : davantage de caméras, davantage de résolutions d’enquêtes, donc davantage de sécurité publique.
Des données du FBI, révélées fin juillet 2026 par l’Atlanta Community Press Collective, viennent contredire cette équation point par point. Entre 2021 et 2025 — les années mêmes du déploiement massif du réseau —, le taux d’élucidation des homicides par la police d’Atlanta est passé de 53,4 % à 48 %. Celui des viols, déjà médiocre, est resté figé autour de 37,7 %, chutant même à 21,2 % à son point le plus bas sur la période. Les rares progrès enregistrés relèvent de l’épaisseur du trait : +0,2 point pour les agressions graves, +0,3 point pour les vols de véhicules — alors même que ce dernier délit, portant sur des objets mobiles et immatriculés, devrait constituer le terrain de prédilection d’une technologie conçue pour suivre les plaques. En 2025, neuf vols de voiture sur dix demeuraient toujours non résolus à Atlanta, malgré des milliers de capteurs Flock quadrillant la ville.
L’échec statistique n’épuise pas le sujet. L’extension du réseau ALPR s’accompagne d’un ensemble de risques que la seule question de l’efficacité policière ne suffit pas à cerner : détournements documentés par des agents isolés à des fins de traque personnelle, recours au travail forcé dans certains segments de la chaîne de production du matériel, quasi-impossibilité, une fois repéré par le système, d’échapper à son emprise. Le corps social se trouve ainsi doublement engagé dans ce dispositif — comme sujet placé sous surveillance continue, et, en amont de la chaîne industrielle, comme main-d’œuvre contrainte assemblant les instruments de cette même surveillance. Cette dimension corporelle et productive de l’infrastructure sécuritaire, rarement mise en avant dans le débat public, mérite d’être versée au dossier au même titre que les taux d’élucidation.
« On nous a demandé d’accepter une expansion considérable de la surveillance sur la promesse qu’elle améliorerait radicalement la sécurité publique », résume Len Phillips, qui anime le collectif DeFlock Atlanta, cité par l’Atlanta Community Press Collective. Le marché ainsi consenti par le public, ajoute-t-il, « n’a jamais été qu’une transaction à sens unique ». L’épisode se situe pleinement dans le registre du Présent de l’Échelle Qualitative du Temps : il ne s’agit ni d’une projection ni d’une hypothèse, mais d’un dispositif opérationnel depuis près d’une décennie, dont les effets sont désormais mesurés et publiés. La bifurcation qu’il donne à observer relève moins de la rupture technologique que du déni d’évidence : une doctrine sécuritaire continue de justifier son expansion indépendamment des faits qui la contredisent, dans un mécanisme qui n’est pas sans rappeler celui que George Orwell prêtait à l’appareil du Parti dans 1984 — la vérité officielle s’y maintient non pas malgré les données disponibles, mais par une forme d’indifférence organisée à leur égard.
Combien d’autres municipalités, en France comme ailleurs, s’apprêtent-elles à souscrire au même contrat implicite entre extension du regard algorithmique et promesse de sécurité, avant que la moindre donnée ne vienne vérifier si la seconde découle réellement de la première ?





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