Chœur d’intelligences, 24 regards sur les enjeux et les limites de l’IA | Éditions du Comptoir

Polyphonie en 24 voix
Une initiative pilotée par Gaëlle Picard-Abezis
Préface de Laurence Devillers
Postface de Delphine Sabattier

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Chœur d’intelligences est une boussole pour naviguer dans un monde où les intelligences se multiplient et se réinventent. L’ouvrage se distingue d’abord par la multiplicité des voix qu’il réunit, rassemblant des chercheurs, des artistes, des entrepreneurs, des juristes, des data-scientifiques ou encore des enseignants. Ils témoignent de ce que l’intelligence artificielle déborde, se faufile dans la vie sociale, glisse dans les imaginaires technologiques, esthétiques, se confronte au droit, à l’économie, aux pratiques culturelles. 

Les contributeurs interrogent les enjeux éthiques, les tensions sociales, les impacts environnementaux, les rapports de pouvoir, les défis de régulation ou les risques d’inégalités. Les perspectives proposées sont parfois complémentaires, parfois contradictoires. Le livre est nativement polyphonique. Gaëlle Picard-Abezis en chef d’orchestre avisée a su créer un panorama qui respire large et refuse tout dogme prémâché.

Le livre n’élude pas les zones d’ombre. Les dilemmes s’y déploient avec méthode : paradoxes éthiques, tensions sociales, impacts environnementaux, rapports de pouvoir, défis de régulation, risques d’inégalités. On y trouve une prudence salutaire, jamais alarmiste, mais lucide. Cette manière de mettre en lumière les promesses autant que les angles morts donne au lecteur un sentiment d’équilibre, comme si l’on observait l’IA depuis une corniche où la vue est belle, les horizons étendus. 

Cette vue globale (depuis la corniche, donc) permet de distinguer les  territoires qui sont explorés. Ils se déploient en arborescence. C’est la feuille de route idéale pour explorer le livre. On peut distinguer 7 branches principales qui sont abordées selon le tropisme de l’auteur mais qui ne l’enferme pas dans son sujet.  Chacun a une vision spécifique , certes, mais son regard s’élargit toujours sur des enjeux plus vastes. Ce sont tous des solistes de talent qui rendent hommage à l’excellent titre du livre.

 

L’ éthique . Comment construire un discernement humaniste dans un monde saturé de technologies ?

La première branche de l’arborescence ouvre des chantiers essentiels : apprivoiser les dilemmes éthiques sans se laisser hypnotiser par la fascination technologique ; repérer où se jouent les questions de dignité, d’autonomie, de responsabilité partagée ; définir les limites que l’on accepte — ou non — de franchir. Cette démarche sert autant les réflexions sur la co-responsabilité que celles sur l’agentivité. Avec un référentiel éthique clair, la lecture devient un exercice de lucidité plutôt qu’un simple survol du paysage.

 

Le territoire de la sociologie et de l’anthropologie. Que nous disent les mutations discrètes qui changent déjà la société ?

Cette branche transforme le livre en observatoire des micro-transformations : nouveaux rituels, nouvelles compétences, nouveaux gestes professionnels. Les contributions montrent comment l’IA infiltre la créativité, la communication, la coordination, redéfinissant au passage les appartenances collectives. Ces mutations foisonnantes résonnent avec les évolutions du rapport au travail et la montée en puissance de la technologie comme norme sociale. Le lecteur y trouve les premiers contours d’un “corps social augmenté”.

 

Le territoire de l’ organisations et du travail. De quoi les bouleversements silencieux du management et du sens du travail sont-ils le nom ?

Ici, le livre devient un laboratoire de recomposition organisationnelle. Les chapitres dessinent des tensions contemporaines : autonomie contre contrôle, créativité contre standardisation, responsabilisation contre algorithmisation. Cette zone de friction aide à appréhender les enjeux de l’agentivité et de la co-responsabilité. Peu à peu se dessine une cartographie du travail hybride, où humain et machine négocient leur façon de cohabiter dans les décisions quotidiennes.

 

Le territoire de l’imaginaire et de la fiction.  Que nous enseignent les mythes qui orientent nos visions de l’IA ?

L’IA n’est pas seulement un outil ; elle est aussi une créature narrative : oracle numérique, double artificiel, muse algorithmique ou menace floue. Les récits, les métaphores, les figures archétypales qui circulent autour d’elle influencent les usages autant que les innovations. Les contributions nourrissent une lecture mythanalytique où se croisent poésie, spéculation, art et technologie. On y reconnaît des résonances avec les imaginaires européens et les futurs divergents aujourd’hui à l’étude.

 

Le territoire de la technique et de l’industrie . Quelle matérialité derrière les promesses ?

Cette branche rappelle qu’une IA n’existe pas dans le climat des idées, mais dans des infrastructures bien réelles : modèles d’entraînement, données, dépendances cloud, enjeux énergétiques, vulnérabilités cyber. Distinguer rupture et poudre aux yeux devient un sport de précision. Cette plongée concrète permet d’ancrer la prospective dans le réel, d’écarter les illusions et de repérer les innovations qui comptent vraiment.

 

Le territoire de la régulation, du droit et de la souveraineté . Quelles tensions redessinent les pouvoirs ?

Le livre dessine une géopolitique mouvante : plateformes globales, États hésitants, institutions débordées, normes qui peinent à suivre. On y observe comment l’IA recompose les souverainetés numériques et redistribue les rapports de force. Ces perspectives trouvent un écho direct dans les réflexions sur l’Europe, les territoires, les communs et les futurs politiques de l’ESS.

 

Le territoire de la philosophique et de la métaphysique . Comment interroger la condition humaine à l’ère des intelligences hybrides ?

La dernière branche s’attarde aux questions que personne ne peut éviter : qu’est-ce qu’être humain dans un monde d’artefacts intelligents ? Comment évoluent la subjectivité, la présence, la relation à l’altérité ? Le livre ouvre la porte à une exploration intérieure et collective par des résonances avec Jung, les archétypes et les transformations symboliques. On y entrevoit les contours d’une subjectivité augmentée, parfois inquiète, souvent fertile.

 

Une lecture qui devient méthode d’exploration

En articulant ces sept branches, la lecture de Chœur d’intelligences se transforme en véritable dispositif d’analyse des mutations contemporaines. Le livre offre une matière dense, idéale pour investiguer les futurs possibles du travail, des organisations, des imaginaires technologiques et de la condition humaine. 

 

15 janv. 2026