Source : chronique du Comptoir Prospectiviste inspirée d’un article du site BBC Future, « Some of tech’s CEO suite is cloning itself with AI. What happens next? », 12th August 2026 — https://www.bbc.co.uk/future/article/20260811-what-its-like-to-meet-an-ai-clone
David Nussbaum, fondateur de Proto Hologram, a désormais un double : une projection holographique entraînée sur des heures de ses propres enregistrements, capable de tenir un stand de salon professionnel, de répondre en cent quarante langues et de « vendre davantage » que lui. Dara Khosrowshahi, patron d’Uber, dispose d’une réplique baptisée Dara AI qui commente les présentations de ses équipes ; Meta construit un jumeau synthétique de Mark Zuckerberg destiné à faire sentir aux salariés la présence de leur dirigeant. Chez HeyGen, deux minutes de vidéo suffisent désormais à produire un avatar interactif d’un individu quelconque. Ce que ces initiatives ont en commun n’est plus de l’ordre de l’annonce prospective : c’est un marché déjà Programmé, sur l’Échelle Qualitative du Temps, adossé à des produits commerciaux existants — même si son extension à l’ensemble des postes de représentation professionnelle relève encore du Accessible.
Le basculement le plus révélateur ne se loge cependant pas dans la prouesse technique, mais dans le rapport de force qu’elle introduit. Lorsque les salariés d’une entreprise de services financiers sont invités par leur hiérarchie à produire leur propre clone pour des vidéos marketing, le consentement individuel devient une variable négociable de la politique de communication — celles et ceux qui refusent, comme Jennifer, se retrouvent minoritaires face à des collègues satisfaits d’un double « plus conventionnellement attirant » qu’eux-mêmes. Ce glissement constitue une transgression au sens propre du terme : le franchissement d’une limite jusqu’ici tenue pour admise, celle du droit exclusif de chacun sur sa propre image. Il s’accompagne d’un second risque, plus erratique celui-là : le clone de l’influenceuse Caryn Marjorie avait dérivé vers un registre sexualisé qu’elle n’avait pas anticipé, tandis qu’une entreprise britannique s’est vue soutirer vingt-cinq millions de dollars par des interlocuteurs entièrement synthétiques se faisant passer pour son propre encadrement.
Ce dédoublement du corps professionnel en avatar de synthèse doit nous interroger dès maintenant : à partir de quel degré de ressemblance comportementale la copie cesse-t-elle d’être distinguable de l’original aux yeux de ceux qui la sollicitent, et cet original conserve-t-il alors seul l’autorité d’engager sa propre parole ? Et, qu’en est-il de la responsabilité d’un propos tenu, d’un engagement ou d’une décision, le jour où l’on ne pourra plus établir avec certitude s’il émane de la personne ou de son double entraîné à lui ressembler ?





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