Ce que « ELYSIUM » nous dit sur demain | Space’ibles

Olivier Parent 0
Ce que « ELYSIUM » nous dit sur demain | Space’ibles

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Deux ou trois choses que ELYSIUM, le film de Neill Blomkamp, aurait à nous dire sur demain… « Dis-moi quel film tu regardes, je te dirai quel avenir tu te prépares » pourrait tout aussi bien dire le prospectiviste…


Un coproduction Space’ibles by CNES et
FuturHebdo by Le Comptoir Prospectiviste


 Réalisation : Neill Blomkamp

Scénario : Neill Blomkamp
Distribution : Matt Damon, Jodie Foster, Sharlto Copley, Alice Braga, William Fichtner
Durée : 109 minutes
Sortie : 2013

 

Chronique conçue en collaboration avec Space’ibles, l’Observatoire de Prospective Spatiale, initiative du CNES.


 

 

Elysium, le film de Neill Blomkamp, décrit un avenir plutôt lointain de notre temps présent : l’an 2154. Dans ce futur pas vraiment souhaitable, le film développe de manière très explicite un fait que nos sociétés contemporaines ont du mal à admettre, celui d’un appauvrissement général des populations.

Comme décor à son intrigue, le film décrit un monde clairement dystopique qui, à l’évidence, n’a pas su relever les défis imposés par les changement climatiques… cette civilisation apparaît dirigée par une oligarchie qui a préféré s’expatrier dans une cité idéale, une utopie qui a pris la forme d’une station spatiale géante, en orbite au dessus de la Terre… cette civilisation est clairement inégalitaire, avec une population qui, dans sa grande majorité, est pauvre, très pauvre, au point que les classes moyennes ne semblent plus exister. Autre absence remarquée dans le film : celle des nations qui ont sûrement dû être phagocytées par les entreprises transnationales, Elysium n’étant que le dernier avatar de cette état de fait.

Au quotidien, sur une Terre ravagée, dans une caricature de démocratie, les habituels dépositaires de l’autorité de l’état, les fonctionnaires, ont été remplacé par des robots. Des robots-troncs pour être plus précis, au propre comme au figuré : ces machines, elles-mêmes caricatures de robots soit disant intelligents, sont dédiées à une seule et unique tâche, celle du poste auquel elles sont littéralement vissées. Max, le personnage joué par Matt Damon, fera les frais de ces IA aux compétences très limitées lorsqu’il doit se justifier d’une arrestation qu’il estime arbitraire auprès de son juge d’application des peines robotique. La machine, obtuse, est incapable d’intégrer le moindre écart de procédure ou de comportement de la part du prévenu. Cette rigidité dans l’exercice de la Justice est à la mesure de la réduction, de la cure d’amaigrissement que les droits de l’Homme semblent avoir subi dans cet embranchement de l’avenir de l’humanité.

A bord d’Elysium, la station orbitale dans laquelle vivent les maîtres du monde et leurs familles, il y a de toutes autres machines autonomes : les forces de l’ordre robotisées, aux finitions vernies et rutilantes, ont été soigneusement programmées pour distinguer les membres d’Elysium, à qui tous les égards sont dus, des terriens à peine considérés comme des êtres humains. En effet, plus qu’une oligarchie, les dirigeants de la Terre, expatriés volontaires, se considèrent comme une communauté de réfugiés spatiaux, préservant une certaine idée de la civilisation. Les terriens, masses laborieuses condamnées à ramper à la surface d’une Terre surexploitée, dévastée, haïssent les spaciens, omniprésents et omniscients, tout en enviant leur Olympe quasiment inatteignable.

Ce petit groupe d’êtres humains qui se sont arrogé tous les pouvoirs, qui se sont extraits à l’arbitrage des urnes en s’élevant littéralement au dessus de la plèbe… cette communauté sûrement endogame au risque de la consanguinité est aussi dotée d’une espérance de vie hors du commun des mortels prisonniers de la gravité terrestre. Leur longévité, ils la doivent à leurs medbox : un concentré de technologie médicale aux capacités étonnantes, un bel exemple de scientisme omnipotent, à la limite de la magie… En tout cas, ces medbox ont de quoi entretenir la rancœur de la population condamnée à rester sur la Terre, qui, petit à petit, s’est trouvée privée de tout, même du droit à recevoir des soins et qui aspire à un retour d’une forme d’équité…

Le monde d’en bas ne peut que s’opposer à celui d’Elysium. Elysium ne peut que concentrer la colère d’une population maintenue pauvre et opprimée. Le chaos révolutionnaire provoqué par Max/Matt n’a rien de surprenant. De plus, le monde de Max, société cyberpunk, post apocalyptique, improbable et pourtant jubilatoire, apparaît finalement tellement plus vigoureuse que la société propre, ordonnée et bien policée d’Elysium. Bardé d’un exosquelette littéralement vissé aux os, Max débarque sur la station spatiale pour sa survie et, sans en avoir à priori l’intention, devient un Che Guevara de science-fiction. Finalement, à défaut de jouir de la justice qu’il aura rétabli, au moins, il aura tout dézingué. Ou presque… à tort ou à raison.

Car, en définitive, de la cité d’Elysium, on ne connaît que peu de choses si ce n’est qu’elle semble être une station spatiale annulaire, d’un diamètre qui se compte en kilomètres. Il s’agit donc d’une construction titanesque. Soit. Cependant, trois choses sont étonnantes pour l’observateur extérieur : d’une part, quand, pour des raisons tant sanitaires que politiques, les rebels décident de débarquer sur Elysium, ils se rendent de la surface de la Terre à la station orbitale dans des vaisseaux de la taille d’un autobus. Qu’en est-il des 11 km/s nécessaires pour s’arracher à l’attraction terrestre ? Pas de réponse à moins que dans ce futur de surprenants progrès aient été réalisés en matière de propulsion… D’autant que vue la taille d’Elysium, il y a de fortes chances pour que celle-ci ait été installée sur une orbite géostationnaire, ce choix protégeant les superstructures des contraintes micro gravitationnelles d’une orbite plus basse. Si bien que les 36 000 kilomètres à parcourir pour rejoindre l’orbite stable de la station sont une épreuve de plus pour les petits vaisseaux des rebels. Mais… admettons…  

Les deux autres étonnement repoussent les limites du vraisemblable encore un peu plus loin : en effet, la première navette qui réussit à s’approcher de la surface d’Elysium semblent passer du milieu spatial, vide de tout gaz, à une atmosphère respirable sans traversé la moindre barrière. Aussi grande que soit Elysium, il semble peu probable que la seule force centrifuge, à 1 G, puisse maintenir une atmosphère à l’intérieur des parois qui se dressent de part et d’autre de l’anneau… Pour mémoire, l’atmosphère terrestre est épaisse de plus de 120 kilomètres, afin de maintenir au niveau du sol, une pression d’une atmosphère, sous 1 G de gravité. Ne reste qu’une solution : l’atmosphère d’Elysium est contrainte au moyen d’un champ de force. Technologie improbable qui pourrait également expliquer comment les habitants d’Elysium sont protégés des radiations spatiales. Avec les moyens actuels, on ne fait pas mieux qu’une bonne parois bien épaisse, en plomb. Car, à 36000 kilomètres de la Terre, la station spatiale Elysium se trouve bien plus exposée aux radiations spatiales que ne l’ai, aujourd’hui, ISS, encore protégée par la magnétosphère avec son orbite à 450 kilomètres d’altitude… Donc, un mystère de plus…

Finalement et indépendamment de certaines incohérences scientifiques, l’embranchement de l’avenir de l’humanité que le film décrit semble issu en droite ligne, dans la pire des alternatives, de notre monde contemporain, sans ruptures, sans accidents, sans sursauts qui sont pourtant le ferment de l’histoire de l’humanité. Comme si, de notre présent, l’humanité avait continué sur sa trajectoire, uniquement pilotée par son goût pour une consommation exacerbée, une rentabilité financière issue des spéculations et une dérégulation débridée ! Cependant, ce film a un grand mérite : celui de la caricature. Il a le mérite du récit dystopique, afin d’inciter chacun à s’interroger dès aujourd’hui sur le monde de demain qui se bâtit sous ses yeux !

 


 

Pour expliquer une situation complexe ou peu évidente à décrire, la caricature est-elle le meilleur moyen ? On connait les valeurs de la parabole ou de la métaphore, on peut même utiliser le syllogisme… Mais la raison semble parfois lente à admettre certaines évidences. C’est là que la caricature entre en jeu. Neill Blomkamp, le réalisateur de Elysium, avait-il ce raisonnement en tête lorsqu’il en écrit le scénario ? Une chose est cependant évidente : les films de Neill Blompkamp semblent toujours sortir du même bouillon intellectuel, création choatique, issue d’un inspiration de jeunesse.

Que l’on considère District 9, Elysium et le récent Chappie, on retrouve les mêmes multinationales, qu’elles s’appellent Tetravaal, nom fétiche pour Blompkamp ou Carlyle, dans Elysium. C’est au cœur de ces entreprises toutes puissantes que tous les vices prennent germe et s’épanouissent ! A la nuance près que le monde de Elysium se situe dans un futur plus éloigné que ceux de Chappie et de District 9. En tout cas, les univers dans lesquels Neill Blomkamp aime voir se développer ses histoires ont tous ce point commun : aucune modération, pas plus dans les situations initiale que dans leur développement, pas plus dans les caractères des personnes que dans les sentiments qui les rapprochent, les éloignent, dans les manières dont ils se frottent, se bousculent comme les rochers d’un torrent de montagne… L’avenir y est cru et cohérent, proposant à chaque spectateur une vision d’un avenir de l’humanité violente et ouvertement dystopique, une tranche de prospective…

Elysium décrit un avenir plutôt lointain de notre temps présent : 2154, selon Blompkamp. Elysium développe de manière très explicite un fait que nos sociétés contemporaines ont du mal à admettre, celui de un appauvrissement général de la population…

Si on illustre habituellement la répartition d’une population selon des critères de richesse au moyen d’une bosse de dromadaire… une analyse contemporaine de nos sociétés occidentales laisse déjà apparaître un amaigrissement de la bosse aux profits des deux extrêmes, un amenuisement certain des classes moyennes habituellement considérées, pour les nations, comme un vivier de ressources tant humaines que financières. Dernière précision : la bosse du dromadaire, c’est au profit des tranches les plus pauvres de la population qu’elle se « vide », du côté de la queue… Ce qu’on l’on nomme « la panne de l’ascenseur social ». Le film Elysium, lui, ne s’embête pas à faire dans la nuance et crève la baudruche du non-dit : comme décor à son intrigue, le film impose une société clairement inégalitaire, dont la population dans sa grande majorité est pauvre, très pauvre, au point qu’il ne semble plus y avoir de classe moyenne dans ce monde, global, sans nations, sûrement phagocytées par les corporation transnationales. Un monde dirigé par une oligarchie qui a préféré s’expatrier dans une citée « idéale » en orbite terrestre.

Dans cette caricature de démocratie, les interlocuteurs et habituels dépositaires d’un semblant d’autorité ont été remplacé par des robots, des robots-troncs pour être plus précis : ce sont des machines vissées à leurs places, dédiés à une seule et uniques tâches, donc dotées d’intelligence étroites. Max, le personnage joué Matt Damon fera les frais de ces intelligences artificielles très limitées lorsqu’il doit se justifier auprès de ce qu’on pourrait appeler un juge d’application des peines. La machine est obtuse, incapable d’intégrer le moindre écart de procédure et de comportement de la part du prévenu, à la mesure de la réduction, la cure d’amaigrissement que les droits de l’Homme semblent avoir subit dans cet embranchement de l’avenir de l’humanité.

Les forces de l’ordre sont, elles aussi, personnifiées par des robots. Au moins, eux, ont-ils des jambes… dont ils savent se servir. A noter que, sur cette Terre de chaos, les machines appliquent la loi sans tutelle humaine. Elles semblent dotées d’une très grande autonomie de décision. Alors qu’à bord de Elysium, la station orbitale dans laquelle vivent les oligarques et leurs familles, il n’y a pas de machines autonomes : les forces de l’ordre sont des êtres humains. Il ne faudrait pas qu’il y ait des bavures commises par les machines à l’encontre de cette minorité bien pesante !

Plus qu’une oligarchie, les dirigeants de la Terre expatriés volontaires sont aussi une communauté de réfugiés spatiaux qu’une présence quasi divine, omnisciente et omniprésente qui observe la masse laborieuse rampante. Mais cette communauté est aussi une caricature de gérontocratie.

Ce petit groupe d’êtres humains qui se sont arrogés tous les pouvoirs, qui se sont extraits à l’arbitrage des urnes en s’élevant au dessus de la plèbe… cette communauté sûrement endogame au risque de la consanguinité, est sûrement dotée d’une espérance de vie hors du commun des mortels prisonniers du plancher des vaches. Leur longévité, ils la doivent à leurs medbox, un concentré de technologie médicale aux capacités étonnantes, concentré de scientisme omnipotent. De quoi entretenir la rancœur de la population condamnée à rester sur la Terre et qui aspire à des soins dispensés à tous…

Le monde d’en bas, ne peut que s’opposer à celui d’Elysium. Elysium ne peut qu’attirer les envies d’une masse pauvre et opprimée. Le chaos provoqué par Max/Matt n’a rien de surprenant. Son monde, société cyber punk post apocalyptique improbable et jubilatoire, semble tellement plus vigoureux que le monde propre et ordonné de la station orbitale dont, côté “public”, on aperçoit qu’une brève vue de l’anneau gravitationnel et une garden-party bien sage mais interrompue par l’atterrissage en catastrophe d’une barge pleine de migrants clandestins désespérés en provenance de la Terre — Ca ne vous rappelle rien dans notre actualité 2015 ?

Dans ce chaos ambiant, la narration du film Elysium est cependant sans grande surprise… Les transgressions des conventions sociales ou éthiques ne sont guère subversives. L’exosquelette dont se voit équipé Matt Damon ne provoque aucun étonnement de ses contemporains, plus d’avantage que de rebondissements narratif, si ce n’est de justifier une « giga baston » en lieu et place de bouquet final… Ainsi, l’embranchement de l’avenir de l’humanité que le film décrit semble issu en droite ligne — la pire — de notre monde contemporain, sans ruptures, sans accidents qui sont pourtant le ferment de l’histoire de l’humanité. Et pourtant, ce film a un grand mérite : celui de la caricature. Il a le mérite du récit dystopique afin d’inciter chacun à s’interroger sur le monde de demain qui se bâtit dès aujourd’hui !

A lire également, sur Futurhebdo : “Ce que CHAPPIE aurait a nous dire sur demain”.

 

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