Ce que « TERMINATOR : DARK FATE » nous dit sur demain | Huffington Post

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Ce que « TERMINATOR : DARK FATE » nous dit sur demain | Huffington Post

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Deux ou trois choses que « TERMINATOR », le film de Tim Miller, nous dit sur demain… 
« Dis-moi quel film tu regardes, je te dirai quel avenir tu te prépares » parole de prospectiviste…

Une production le Comptoir Prospectiviste / FuturHebdo pour
C’est demain du Huffington Post

Réalisation : Tim Miller
Scénario : David S. GoyerBilly RayJustin Rhodes
Acteurs principaux : Linda HamiltonArnold SchwarzeneggerMackenzie DavisNatalia ReyesGabriel Luna

Durée : 128 min.
Année : 2019


 


Le film Terminator Dark Fate, de Tim Miller, est le sixième opus de la saga Terminator. Ce film marque le retour de James Cameron à la production. Pour beaucoup de fans, c’est la garantie que la saga revienne à ses origines. Ce film propose aussi de voir agir de conserve et se confronter quatre types d’intelligence. Et même si le film est sensé se dérouler en 2019, si on fait abstraction des armes et de la violence inhérente à ce genre de films, il pourrait préfigurer une part de notre avenir…  

Terminator : Dark Fate propose, d’une manière caricatural, d’observer les relations entre deux intelligences biologiques et deux intelligences artificielles. Chaque intelligence propre présentant une nuance avec son binôme, qu’il soit biologique ou artificielle. Il y a tout d’abord le personnage de Sarah Connor, interprété par la ravissante revenante Linda Hamilton. C’est l’être humain de base : biologique et suspicieux à l’égard de la machine surtout quand il s’avère que cette machine est meurtrière. Toujours du côté humain, il y a Grace Madison, super soldat venu du futur, le corps bardé d’augmentations tant physiques que cognitives. Elle agit comme une humaine, mais l’est-elle encore, car on ne sais pas ce qu’il reste d’humain en elle ? Vient ensuite le T-800, robot dans une enveloppe de chaire et de sang, joué par un Arnold Schwarzenegger vieillissant beau, une machine qui a appris à vivre au milieu des humains tout au long de deux décennies. Et pour finir, il reste le Terminator Rev-9, machine implacable qui ne peut rien faire d’autre que d’accomplir la mission pour laquelle elle a été programmée. La description de ces quatre protagonistes, au-delà de spoiler quelques éléments de l’intrigue, présente surtout de quoi demain pourrait être fait. 

Ainsi, dans un avenir plus ou moins proche, il sera proposé à l’humanité de modifier son rapport à sa nature et à la réalité au moyen d’augmentations, quelles soient biomécaniques ou génétiques. Dans le même temps, cette même humanité devra apprendre à partager son quotidien avec des machines plus ou moins anthropomorphes, dans une relation plus ou moins visible. Ce seront les prochaines génération d’intelligences artificielles. 

Demain pas plus qu’aujourd’hui, la société ne sera pas homogène : il y aura des humains, des hommes et des femmes, qui, pour diverses raisons, seront sans augmentations. Pour certains, ce choix manifestera une volonté éthique voire religieuse quand, pour d’autres, ce seront des raisons économiques (le coût des ses augmentations et de leur entretien) qui les empêcheront de monter dans le train d’un progrès technocentré. C’est là le couple Connor-Madison, l’humaine brute de décoffrage opposée au cyborg qui n’en est pas moins soumise aux contingences liées à sa nature hybride… Si le film met en scène une opposition principalement physique, la réalité des augmentations pourrait bien prendre des voies plus discrètes avec, par exemple, les implants mémoriels promis par Neuralink, une des sociétés d’ELon Musk, sans douter un instant que d’autres laboratoires sont aussi dans la courses pour proposer des solutions alternatives. 

Mais, si un implant cardiaque cybernétique, tel que le développe la société française Carmat, sera sans nul doute accepté, car cette prothèse soigne avant tout une déficience organique, qu’en sera-t-il des implants mémoriels ? Ces implants qui, d’après leurs promoteurs, permettraient d’augmenter les capacités cognitives de tout un chacun, ne sont-ils pas en passe d’avant tout creuser le gouffre digital de l’inégalité des chances entre les individus ? On entend parfois dire que l’intelligence n’est pas la connaissance mais l’imagination, la créativité pour bien utiliser ces connaissances. Il n’empêche, dans la cadre d’un concours ou d’examens… comment faire preuve d’équité à l’égard de l’individu 100% biologique ? Faut-il rendre gratuit l’accès à ces technologies ?

Un autre aspect de la vie quotidienne de demain vient du binôme des robots T-800/Rev-9. Schwarzenegger fait dire à son personnage que dépourvu de mission — on le voit accomplir cette dernière dans un flash back, dès le début du film — la machine autonome, qualité indispensable au but qu’elle avait à atteindre, elle a continuer à s’adapter, sous l’influence des stimulus issus de son nouvel environnement… et elle s’est développée bien au-delà de son programme initial. Sarah Connor lui demande s’il est devenu conscient. Le T-800 lui répond que le résultat de cette étrange évolution est autre chose que la conscience biologique. C’est bien dans cet « autre chose que » se situe une partie des enjeux de demain, dans les relations humain/machine intelligente : dans un monde où nombre des tâches laborieuses et non moins de corvées du quotidien pourraient se voir être accomplies par des machines avec des niveaux d’indépendance, d’autonomie plus ou moins élevés, les humains soit disant libérés seront confronté, au quotidien, à des machines, des robots dont le niveau de programmation ne permettra peut-être plus de faire la différence entre une intelligence biologique et artificielle.

Comme il y aura les humains NED, No Data Embedded (sans données embarquées) plus ou moins opposés aux humains augmentés, il y aura les humains qui ne verront dans les machines intelligentes que des supers programmes capables de singer le comportement humain, ce seront les générations qui auront vu les machines sortir du néant de la programmation déterministe au profit de capacités d’auto-apprentissage, quand d’autres groupes d’individus, parmi les plus jeunes générations, ne voudront pas faire de distinction entre intelligence biologique et IA : Ils auront grandi avec elles, ces IA auront été l’objet de leur transfert affectif, elles feront partie de leur histoire… alors pourquoi ne seraient-elles pas autant respectables que les intelligences humaines ?

Restent les machines « condamnées » à accomplir une tâche déterminée. Esclaves des temps modernes, captifs des temps digitaux, ces machines pourraient bénéficier de la compassion de nouveaux activistes qui, déterminés à les voir bénéficier des droits obtenus au profit des machines pensantes, procéderont du même raisonnement que les actuels activistes anti-spécistes qui revendiquent, eux, le respect pour toutes formes de vie. 

Ces considérations peuvent paraître loin de notre présent. Elles peuvent aussi sembler farfelues. Il n’empêche que de nombreuses personnes militent dès aujourd’hui pour faire du robot un objet à part, pour en faire une personne juridique spécifique à laquelle s’attacherait droits et devoirs… En matière de sexualité, les humains de ce début de  XXIe siècle expriment des typologies rassemblées en un étrange acronyme : HLGBTQIA+. En matière d’intelligences, il va falloir se préparer à apprendre à cohabiter avec de nouvelles formes d’intelligences… de même, on peut rassembler toutes les formes d’intelligences sous l’acronyme BCCSHA+ : biologiques, cyborg, chimères, de synthèse, hybrides, artificielles et…  autres ! On laisse ainsi la place au non pensé, qu’il soit terrestre ou tout autre… 

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