Deux ou trois choses que « WALL-E », le film de Andrew Stanton, nous dit sur demain… 

« Dis-moi quel film tu regardes, je te dirai quel avenir tu te prépares », parole de prospectiviste !


Réalisation :Andrew Stanton
Scénario : Andrew StantonJim Reardon. et Pete Docter
Acteurs principaux (voix) : Ben BurttElissa KnightJeff Garlin et Sigourney Weaver
Production/Distribution : Pixar Animation StudiosThe Walt Disney Company
Durée : 98 min.
Année : 2008


En plus d’être un merveilleux film d’animation, le film Wall-E a le mérite de poser plusieurs questions au travers de l’étrange et touchante idylle robotique entre Wall-E et EVE.

Pourtant, le début du film ne décrit rien de bien joyeux ou radieux : on découvre un petit robot, Wall-E qui, inlassablement, compacte des déchets. Au gré de ses pérégrinations dans une ville fantôme, en ruine, on comprend vite que ces déchets proviennent d’une humanité consommatrice à l’excès et qui brille… par son absence. Plus tard dans le film, quand l’humanité fait son entrée en scène… elle agit encore par excès… mais, cette fois-ci, de passivité.

Avant d’entrer dans l’éventail des questions levées par le film, on peut néanmoins s’interroger sûr la programmation du petit robot Wall-E : il ne trie pas, il ne recycle pas, il ne décontamine pas. Non, il compacte des déchets, il en fait dès cubes qu’il empile à l’infini. En vain, pourrait-on dire… Mais son nom est bien l’acronyme anglais de « compacteur terrien de déchets » (Waste Allocation Load Lifter: Earth-Class). Alors, comment de cette action pourrait renaître une Terre dévastée par les actions inconsidérées de l’humanité ? Pour ne rien arranger, Wall-E semble être le seul robot toujours en fonction.

Ceci étant dit, au visionnage du film Wall-E, on peut commencer par explorer les questions autour du thème de l’écologie ou, plus précisément, celui des rapports que l’humanité entretient avec son environnement. En regardant le petit robot errer dans un décor digne d’un des cercles de l’enfer de Dante, on s’interroge : pourquoi l’humanité n’a-t-elle pas pu s’empêcher de détruire l’écosystème planétaire dont elle fait pourtant pleinement partie, laissant la tâche du nettoyage aux machines ? Pourquoi l’humanité consomme, sur-consomme ? Au nom de quoi s’autorise-t-elle ce que certains, dès aujourd’hui, appellent une prédation excessive sur le milieu naturel ? L’humanité porterait-elle collectivement une tendance auto-destructrice ?

Cependant, à utiliser le terme « humanité » à toutes les sauces, on essentialise cette même humanité. On met tout le monde dans le même sac : c’est oublier la diversité des destins des peuples et ceux des nations qui, à l’échelle de la planète, sont loin d’être égaux. Essentialiser, c’est effacer la responsabilité individuelle, dédouanant chaque femme et chaque homme de la responsabilité attachée à la notion de d’individu, de citoyen, de consommateur qui, par leurs actes, construisent leur avenir.

Dans le film, en réponse à la situation intenable qu’elle a elle-même créé, l’humanité choisi la politique de… la planète B. Si ce n’est que dans le film, la planète B n’en est pas une : il s’agit de l’Axiom, un immense vaisseau spatial qui « conserve » l’humanité le temps que la Terre soit nettoyée, restaurée… Mais de quelle taille est-il, ce vaisseau ? Combien de passagers embarque-t-il ? Est-il le seul à accomplir cette tâche ? Et, combien d’humains n’ont pas pu embarquer dans cette arche, au moment de l’évacuation de la planète, voilà sept siècles – précision donnée dans le film ? Parce que, le non-dit du plan « Planète B » est bien cette dernière question, celle des laissés pour compte, celle des femmes et des hommes qui n’auront pas embarqué, qui n’auront été sélectionnés pour des raisons financières, de nationalité, politiques, génétiques… D’ailleurs, pourquoi l’humanité envisage-t-elle plus ou moins systématiquement un plan B, pour ne pas faire face à ses responsabilités, à ses contradictions et à ses incapacités ? Or, dans la réalité, même si cette option n’est jamais clairement décrite d’une manière aussi radicale que dans le film, les promoteurs de cette solution sont attentifs à ne jamais parler de cette injustice inhérente à cette option. A moins que, au final et toujours dans notre réalité, l’humanité ne se porte que mieux, allégées de celles et ceux qui n’adhèreraient pas à un projet commun de la sauvegarde de la planète Terre, la planète A.

Le film Wall-E pose aussi la question des rapports de l’humain avec les machines. Au-delà de l’asservissement dont il faut se débarrasser, thème facile mais qui donne la tension nécessaire à la l’avancée du film, la vraie question est celle de la liberté. Autrement dit, l’humanité peut-elle confier aux machines tout ou partie de son destin ? Un autre auteur de science-fiction s’est interrogé sur les risques encourus par les humains s’ils se mettent à trop utiliser les machines. Il s’agit d’Isaac Asimov. Dans une série de romans (le cycle Elijah Baley), qui se déroulent dans un futur plus ou moins lointain, il décrit des sociétés qui, loin d’une Terre laborieuse et surpeuplée, ressemblent à celle à bord du vaisseau spatial Axiom, une société de l’hédonisme exacerbé, de la passivité et de la dépendance… Dans ses romans, Asimov parle de dé-socialisation, de perte de toute initiative et de perte de l’esprit d’innovation, d’aventure, le tout aboutissant à un effondrement civilisationnel. De cette société de la passivité, le film Wall-E, lui, s’attache à montrer une conséquence principale à ce mode de vie : l’obésité. Mais l’analyse reste la même : Asimov relance, régénère l’humanité en la privant des machines, en la remettant en contact avec le réel et le tangible. C’est exactement ce qui se passe à bord de l’Axiom : la coupable IA est débranchée et, EVE (Évaluateur de végétation extraterrestre) ayant finalement accompli sa tâche — montrer que la Terre était à nouveau viable, par on ne sait quel miracle — les humains reviennent sur Terre, eux aussi, au contact du réel, du sol et de la nature.

Cependant, concernant les domaines de l’écologie et de la biodiversité, on peut se demander s’il est raisonnable de montrer, dans le film, une telle résilience des écosystèmes qui se voient ainsi dotés d’une puissance quasiment surnaturelle. Il est vrai que, sur Terre, les exemples de cette résilience étonnante existent. Ils font l’objet d’études scientifiques car cette capacité de rebond, dans certaines conditions, semblent se jouer des dérèglements globaux provoqués par l’humanité. Mais, à bien y regarder, ce jouent plutôt des notions de rapports d’influence de l’humanité sur son environnement qui, en réalité, offrent du temps et de l’espace (non-pollué) à la biodiversité…

Dans la tâche de sauvegarde de l’écosystème planétaire qui attend l’humanité, dès demain matin, reste à savoir si les machines peuvent y prendre part active ? Peut-on développer des machines collaboratives qui participent à donner à la Nature les moyens de déployer sa résilience ? Nombre de laboratoires ou de start-ups travaillent sur le développement de diverses formes de « Wall-E » : pour dépolluer les océans, les terres contaminées, ramasser et trier les déchets… Mais que peuvent ces machines si l’environnement se détériore plus vite qu’elles n’agissent ? Quoiqu’elles fassent, peu importe leur puissance ou leur autonomie d’action, il va falloir du temps aux machines, tout comme la Nature en a besoin pour déployer sa résilience ! Reste à savoir si l’humanité a encore du temps devant elle.

 


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14 sept. 2021